Le GHG Protocol : la référence de la comptabilité carbone
Sommaire
- GHG Protocol : la référence mondiale de la comptabilité carbone
- Les scopes 1, 2, 3 : la colonne vertébrale du reporting
- Au-delà du corporate standard : un écosystème complet de normes
- Un levier stratégique pour la performance climatique des entreprises
- L'intégration du protocole dans le cadre réglementaire international
- Vers l'avenir : les évolutions majeures du GHG Protocol
L'essentiel à retenir : le GHG Protocol s’impose comme la référence mondiale pour la comptabilité carbone. Structurant la mesure des émissions via les scopes 1, 2 et 3, il constitue désormais le socle des réglementations climatiques internationales. Adopté par 97 % des entreprises du S&P 500, ce cadre standardisé transforme le reporting en véritable levier de pilotage stratégique de la performance environnementale.
Vous découvrirez comment la maîtrise technique des trois scopes permet d'assurer la conformité de vos rapports extra-financiers tout en structurant une stratégie de décarbonation pérenne, auditable et reconnue par les marchés.
GHG Protocol : la référence mondiale de la comptabilité carbone
Qu'est-ce que le GHG Protocol ?
Le standard international le plus utilisé pour la comptabilité carbone se nomme le GHG Protocol. Fruit d'une collaboration lancée en 1998 entre le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), il s'impose aujourd'hui comme la norme incontournable.
Sa mission dépasse la simple mesure : il établit des normes de comptabilité carbone acceptées internationalement pour garantir cohérence et transparence. C'est un cadre rigoureux pour mesurer, gérer et rapporter les émissions.
L'adoption est massive : en 2023, 86 % des entreprises du S&P 500 s'appuyaient sur ce standard pour leur réponse au questionnaire CDP (ou pour leur reporting CDP).
Les principes fondamentaux pour un reporting fiable
La crédibilité d'un inventaire GES ne tient pas du hasard, mais du respect strict de cinq principes directeurs. Ils constituent le socle de confiance nécessaire à tout reporting sérieux et auditable.
Ces règles garantissent que les données sont non seulement exactes mais aussi utiles pour la prise de décision.
- Pertinence : l'inventaire reflète les émissions et sert à la décision.
- Exhaustivité : toutes les émissions du périmètre sont comptabilisées.
- Cohérence : méthodes stables pour comparer dans le temps.
- Transparence : informations claires et auditables.
- Exactitude : quantification la plus juste possible.
Les gaz à effet de serre ciblés par le standard
Le protocole ne s'éparpille pas ; il cible les gaz à fort impact régis par les accords internationaux. Ce standard initial se base logiquement sur le Protocole de Kyoto pour définir son périmètre d'action prioritaire et assurer une conformité mondiale.
Pour simplifier l'analyse, toutes les émissions sont converties en une unité commune : l'équivalent CO₂ (CO₂e).
- Le dioxyde de carbone (CO₂)
- Le méthane ((CH₄)
- L'oxyde nitreux (N₂O)
- Les hydrofluorocarbures (HFCs)
- Les perfluorocarbures (PFCs)
- L'hexafluorure de soufre (SF₆)
Le trifluorure d'azote (NF3) est souvent ajouté.
Les scopes 1, 2, 3 : la colonne vertébrale du reporting
Scope 1 : les émissions directes
Le Scope 1 regroupe les émissions directes de GES. Celles-ci proviennent de sources qui sont détenues ou contrôlées par l'entreprise. C'est la base tangible de l'empreinte carbone. Le reporting de ce scope est obligatoire.
Observez concrètement les émissions issues de la combustion de carburants dans les chaudières, les fours ou les véhicules de l'entreprise. N'oubliez pas les émissions fugitives, souvent sous-estimées. Les fuites de climatisation, par exemple, pèsent lourd dans ce calcul.
Scope 2 : les émissions indirectes liées à l'énergie
Le Scope 2 couvre les émissions indirectes liées à la production de l'énergie achetée et consommée par l'organisation. Il s'agit principalement de l'électricité, de la vapeur, du chauffage ou du refroidissement.
Bien que ces émissions se produisent physiquement à l'extérieur de l'entreprise, souvent à la centrale électrique, elles résultent directement de sa consommation. La responsabilité reste donc interne. Son reporting est également obligatoire pour toute structure sérieuse.
Scope 3 : le défi des autres émissions indirectes
Le Scope 3 s'impose comme la catégorie la plus large et la plus complexe. Elle englobe toutes les autres émissions indirectes qui se produisent dans la chaîne de valeur de l'entreprise. C'est un défi analytique majeur.
Longtemps considéré comme facultatif, son reporting devient une obligation réglementaire pour un nombre croissant d'entreprises. C’est un défi analytique majeur, mais essentiel : il représente souvent la part prépondérante et la plus stratégique du bilan carbone global.
| Scope | Type d'émissions |
Sources principales | Caractère du reporting |
| Scope 1 |
Émissions directes |
Combustibles fossiles brûlés sur site, véhicules de l'entreprise, fuites de réfrigérants. | Obligatoire |
| Scope 2 | Émissions indirectes |
Achat d'électricité, de vapeur, de chaleur ou de froid. | Obligatoire |
| Scope 3 | Autres émissions indirectes | Achats de biens et services, transport amont/aval, déplacements professionnels, fin de vie des produits, etc. | Facultatif (mais recommandé) |
Au-delà du corporate standard : un écosystème complet de normes
Mais réduire le GHG Protocol à la seule comptabilité d'entreprise serait une erreur. Son ambition est bien plus vaste, proposant un éventail de standards adaptés à différentes échelles et activités.
Le standard pour les entreprises (Corporate Standard)
Le GHG Protocol Corporate Accounting and Reporting Standard s'impose comme le document fondateur. C'est le guide de référence que consultent multinationales, ONG et universités pour établir leur inventaire GES et structurer leur stratégie.
Il détaille comment définir les frontières organisationnelles (selon le contrôle ou la part au capital) et opérationnelles. Il fournit un cadre rigoureux pour un compte fidèle et juste des émissions.
Des standards pour les produits, les villes et les projets
Le protocole n'est pas monolithique ; il se décline en plusieurs normes spécifiques pour répondre à des réalités bien distinctes.
Le Product Standard permet de mesurer l'empreinte carbone d'un produit sur tout son cycle de vie. Pour les industriels visant l'écoconception, c'est un outil déterminant pour identifier les vrais leviers d'action.
À une autre échelle, le GHG Protocol for Cities adapte la logique des scopes aux territoires urbains. Enfin, le Project Quantification Standard est conçu pour chiffrer les réductions d'émissions de projets spécifiques, comme les énergies renouvelables.
Les guides sectoriels et outils de calcul
Pour accompagner l'application de ces standards, le protocole développe des guides sectoriels. Ces manuels offrent des instructions plus pointues pour des industries comme l'aluminium, le ciment ou la pâte à papier.
Des outils de calcul gratuits, souvent des tableurs, sont mis à disposition pour appliquer les formules correctes. Ils réduisent la complexité de l'exercice et crédibilisent la démarche, notamment via le service de vérification"Built on GHG Protocol".
Un levier stratégique pour la performance climatique des entreprises
Comprendre la structure du protocole est une chose. Saisir sa valeur concrète pour une organisation en est une autre. Loin d'être une simple contrainte comptable, c'est un véritable outil de pilotage. Chez ClimateSeed, nos consultants sont experts de cette méthodologie et vous accompagnent aussi bien dans la mesure que dans la réduction de votre empreinte carbone.
Gérer les risques et identifier les opportunités
Ignorer son bilan carbone, c'est s'exposer aveuglément à des sanctions financières futures. La première vertu d'un inventaire GES réside dans la maîtrise de la gestion des risques, qu'ils soient réglementaires via les taxes carbone ou physiques, comme les ruptures d'approvisionnement.
On ne pilote pas ce qu'on ne mesure pas, c'est un fait. L'inventaire met en lumière les postes les plus émetteurs, qui trahissent souvent une inefficacité énergétique ou un gaspillage matériel flagrant au sein de la chaîne de valeur.
Cette lucidité permet d'identifier immédiatement des opportunités de réduction des coûts opérationnels et d'optimisation des processus internes.
Élaborer une stratégie de réduction crédible
Un inventaire rigoureux réalisé selon le GHG Protocol constitue le socle indispensable pour définir une stratégie climatique solide. Sans cette base factuelle, impossible de fixer une année de référence fiable ni des objectifs de réduction quantifiés réalistes.
La force de ce standard réside dans sa capacité à rendre ces objectifs comparables et vérifiables à l'échelle mondiale. Cette rigueur méthodologique assoit la crédibilité de l'entreprise face aux exigences croissantes des investisseurs, des clients et des régulateurs.
Améliorer la transparence et le reporting public
L'opacité n'est plus une option aujourd'hui. Le protocole offre un langage universel pour garantir la transparence des données, permettant ainsi de communiquer clairement sur sa performance carbone réelle.
C'est d'ailleurs devenu le prérequis incontournable pour tout reporting public, qu'il s'agisse de rapports de durabilité volontaires ou de réponses au CDP.
L'adoption de ce cadre normatif offre des avantages tangibles pour la communication extra-financière :
- Accroître la cohérence des données climatiques entre les différentes entités du groupe.
- Simplifier le reporting en évitant la multiplication des formats propriétaires complexes.
Renforcer la confiance des parties prenantes dans les informations publiées.
L'intégration du protocole dans le cadre réglementaire international
Cette valeur stratégique est aujourd'hui renforcée par une reconnaissance institutionnelle croissante. Le GHG Protocol n'est plus seulement une bonne pratique volontaire ; il devient la colonne vertébrale de la réglementation climatique.
La convergence avec les normes ISO
C'est un alignement que le marché attendait. En septembre 2025, un partenariat historique a été officialisé entre l'Organisation Internationale de Normalisation (ISO) et le GHG Protocol. Cette alliance scelle la fin de la fragmentation des standards. Les experts saluent cette décision pragmatique.
L'objectif de cette manœuvre est limpide. Il s'agit d'harmoniser les règles avec la norme ISO 14064 et de co-construire les futurs cadres. On vise un langage mondial unique pour la comptabilité carbone. Cela allégera considérablement la charge administrative des entreprises.
Une référence pour les régulations européennes et mondiales
Le statut du protocole a radicalement changé. Ce n'est plus une option, c'est le standard de facto pour le reporting de durabilité. Les régulateurs s'appuient désormais dessus pour structurer leurs exigences. Son influence dépasse largement le simple cadre volontaire d'autrefois.
Regardez attentivement les textes récents. Il est intégré explicitement dans les normes européennes ESRS ainsi que dans les standards mondiaux de l'ISSB (IFRS). Même la Californie l'adopte dans ses lois climatiques. Pour ces régulations, son usage devient souvent obligatoire ou fortement privilégié.
Compatibilité avec les programmes GES existants
Cette universalité n'est pas un hasard technique. Les créateurs ont conçu le GHG Protocol pour qu'il soit compatible avec la majorité des programmes GES. Qu'ils soient purement volontaires ou strictement réglementaires, la base reste identique. C'est une force structurelle indéniable.
L'histoire prouve d'ailleurs cette flexibilité opérationnelle. Il s'aligne avec le programme Climate Leaders de l'EPA ou le WWF Climate Savers. On le retrouve même dans les fondations de l'EU ETS. Cette interopérabilité facilite la vie des organisations soumises à plusieurs régimes.
Vers l'avenir : les évolutions majeures du GHG protocol
Face à son nouveau statut de pilier réglementaire et à l'urgence climatique, le protocole n'est pas figé. Un vaste processus de mise à jour est en cours pour répondre aux défis de demain.
La révision attendue du scope 2
Le GHG Protocol a lancé une consultation publique majeure concernant le guide du Scope 2. Prolongée jusqu'au 31 janvier 2026, cette étape s'avère déterminante. L'enjeu central demeure pour affiner la comptabilisation de l'électricité renouvelable. L'objectif principal est de garantir que les achats d'énergie basés sur le marché reflètent plus fidèlement leur impact réel sur le climat.
Bien que la proposition doive maintenir l'approche de double reporting actuelle (basée sur la localisation et sur le marché), elle introduit des exigences plus strictes en matière de concordance temporelle et géographique pour les certificats d'énergie.
Cette évolution vise à renforcer le lien entre la consommation et la production d'énergie, réduisant ainsi le risque de double comptage et garantissant que l'approvisionnement en énergie verte contribue concrètement à la décarbonation du réseau.
Le nouveau standard "Land Sector and Removals Standard"
La publication prochaine du standard Land Sector and Removals Standard (LSR) (prévue pour fin janvier 2026) marque un tournant méthodologique significatif. Il intègre le secteur des terres dans le cadre comptable formel, offrant une approche standardisée pour mesurer à la fois les émissions conventionnelles et les absorptions de carbone liées à l'usage des sols et à la foresterie.
Ce standard comble une lacune critique de la comptabilité carbone en fournissant les exigences techniques nécessaires au reporting des absorptions. Sa mise en œuvre est essentielle pour permettre aux organisations de quantifier avec précision leur contribution aux objectifs de "zéro émission nette" à travers leurs activités liées au secteur des terres.
Un processus de mise à jour sur cinq ans
Ces évolutions s'inscrivent dans un processus de mise à jour global des normes. Cette refonte structurelle s'étalera sur cinq ans. Elle vise à moderniser l'ensemble du système comptable.
Des groupes de travail techniques ont été formés pour réviser tous les standards principaux. Ils s'attaquent notamment à la complexité du Scope 3 pour l'aligner aux exigences actuelles. L'ambition est d'harmoniser les méthodologies disparates. La cohérence entre les différents scopes est primordiale.
La finalisation des nouvelles versions des normes principales est attendue pour 2027 et 2028. Les entreprises doivent anticiper ces échéances dès maintenant.
Conclusion
Le GHG Protocol s'impose désormais comme le socle incontournable de la stratégie climatique des organisations. Au-delà de la simple conformité comptable, il offre un cadre rigoureux pour piloter la décarbonation et anticiper les futures exigences réglementaires. Sa maîtrise constitue donc un atout compétitif majeur pour naviguer dans une économie en pleine transition vers la durabilité.
FAQ
Le Greenhouse Gas Protocol, ou GHG Protocol, constitue le cadre de référence international pour la mesure et la gestion des émissions de gaz à effet de serre. Élaboré conjointement par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) à la fin des années 1990, il vise à instaurer un langage comptable universel permettant aux entreprises et institutions de quantifier leur empreinte carbone avec rigueur. Sa mission fondamentale est de fournir des normes standardisées pour garantir la cohérence, la transparence et la crédibilité des inventaires climatiques à l'échelle mondiale.
La méthodologie du protocole structure les émissions en trois catégories distinctes, nommées "scopes", afin d'éviter les doubles comptages et de clarifier les responsabilités. Le Scope 1 comptabilise les émissions directes issues des sources détenues ou contrôlées par l'organisation, tandis que le Scope 2 concerne les émissions indirectes liées à la production de l'énergie achetée et consommée. Le Scope 3, souvent le plus complexe et volumineux, englobe l'intégralité des autres émissions indirectes survenant dans la chaîne de valeur, en amont comme en aval, ce qui en fait un levier stratégique incontournable pour une décarbonation effective.
Pour assurer la qualité et l'utilité décisionnelle des données rapportées, tout inventaire réalisé selon le GHG Protocol doit respecter cinq piliers directeurs : la pertinence, l'exhaustivité, la cohérence, la transparence et l'exactitude. Ces principes, inspirés des normes de la comptabilité financière, garantissent que le bilan carbone reflète fidèlement la réalité économique et environnementale de l'entreprise, permettant ainsi une comparabilité fiable dans le temps et renforçant la confiance des parties prenantes, qu'il s'agisse d'investisseurs ou de régulateurs.
Si le GHG Protocol fournit les méthodologies détaillées et les guides pratiques pour le calcul et le reporting, la norme ISO 14064 offre historiquement un cadre formel pour la vérification et la validation des déclarations. Toutefois, ces deux référentiels, autrefois distincts, convergent désormais via un partenariat stratégique visant à harmoniser les exigences techniques. L'objectif de cette collaboration est d'établir un corpus normatif unifié, réduisant la charge administrative pour les organisations tout en assurant une compatibilité optimale avec les régulations climatiques internationales.
Bien qu'initialement conçu pour le secteur privé, l'usage du GHG Protocol s'est généralisé à une vaste typologie d'acteurs, incluant les ONG, les universités et les collectivités territoriales via des déclinaisons spécifiques comme le standard pour les villes. Il est aujourd'hui plébiscité par la quasi-totalité des grandes entreprises mondiales pour leur reporting extra-financier, servant de socle méthodologique aux exigences de plateformes comme le CDP ou aux nouvelles obligations réglementaires telles que la directive européenne CSRD.
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