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Principes et enjeux clés : évitement des émissions carbone

Rédigé par ClimateSeed | 2 nov. 2026, 09:50:41

 
   Points clés

Les projets d'évitement carbone empêchent de futures émissions par rapport à un scénario de référence, offrant une action climatique immédiate dans des secteurs clés (REDD+, énergies renouvelables, gestion des déchets, transports durables). Évalués selon des critères rigoureux d'additionnalité, les crédits d'évitement de haute qualité égalent les crédits d'élimination en intégrité et apportent des co-bénéfices sociaux et environnementaux vérifiables. Alignées sur des normes comme le Standard Net-Zero v2.0 de la SBTi, les entreprises peuvent mobiliser ces crédits certifiés pour assumer leur responsabilité à l'égard de leurs émissions résiduelles tout au long de leur trajectoire vers le zéro émission nette.


 

Définition et périmètre de l'évitement carbone 

L'évitement carbone fait référence aux actions qui préviennent de futures émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à un scénario de référence, contrairement à l'élimination du carbone, qui capture ou stocke le CO2 existant.

Les émissions évitées sont mesurées en comparant ce qui se serait produit sans le projet (le scénario de référence) et ce qui se produit avec le projet en place. La différence représente les émissions évitées, généralement exprimées en tonnes d'équivalent CO2 (tCO2e).

Ce concept générique prend une importance croissante pour les entreprises qui intègrent l'action climatique dans leur stratégie et leurs cadres de reporting. Il peut s'inscrire dans une stratégie de réduction des émissions de la chaîne de valeur, grâce aux émissions évitées par des produits ou services, ou dans une stratégie de responsabilité des émissions continues (Ongoing Emissions Responsibility - OER) à travers le soutien à des projets d'évitement carbone.

Dans cet article, nous nous concentrerons sur les méthodes et normes de mesure des émissions évitées au sein de la chaîne de valeur, et nous étudierons en détail un exemple pratique d'évitement d'émissions carbone à travers la contribution climatique dans le cadre d'une stratégie OER.

Méthodes et normes de mesure des émissions évitées

La mesure des émissions évitées exige une méthodologie claire et transparente. Elle commence par la définition d'un scénario de référence représentant les émissions qui se produisent sans le projet, la fixation de l'horizon temporel et la sélection de paramètres clés tels que les facteurs d'émission, l'utilisation et les taux de substitution. Les principales étapes comprennent la définition des périmètres et des sources d’émissions, l'établissement du scénario de référence, la collecte des données, l'application des facteurs d'émission et la comparaison des émissions projetées avec et sans le projet, la différence constituant les émissions évitées. Les risques méthodologiques incluent le caractère arbitraire des scénarios de référence, l'incertitude des paramètres et la sensibilité aux hypothèses économiques ou technologiques.

Des recommandations sont fournies par des cadres tels que le GHG Protocol, des guides sectoriels (par ex. l'ADEME, l'AIE) et la Net Zero Initiative. Des outils pratiques, notamment des calculateurs, des feuilles de calcul et des plateformes de certification, permettent de garantir une mesure et un reporting robustes.

Exemples de principes de calcul : scénario de référence, additionnalité et scénarios de référence

La mesure des émissions évitées commence par la définition d'un scénario de référence, c'est-à-dire les émissions qui se produiraient si le projet n'existait pas. Celui-ci peut s'appuyer sur un scénario d'activité habituelle (business-as-usual), sur des comparaisons avec des activités similaires ou sur des modèles probabilistes, comme le montrent les exemples de la production d'électricité (charbon vs éolien), de la mobilité (voitures individuelles vs transports partagés) et du bâtiment (bâtiments conventionnels vs bâtiments à haute efficacité énergétique).

L'additionnalité garantit que les réductions sont véritablement causées par le projet ; elle est généralement évaluée à l'aide de critères financiers, réglementaires ou de pratiques courantes. Le choix du bon horizon temporel, basé sur la durée de vie des équipements ou la durée du projet, est important, et l'actualisation peut influer sur la valeur des réductions futures. Une documentation claire, incluant les protocoles écrits, les hypothèses retenues, les facteurs d'émission et les audits indépendants, est essentielle. En fin de compte, la transparence et l'auditabilité sont la clé d'allégations crédibles et dignes de confiance en matière d'émissions évitées.

Applications pratiques : exemples de projets d'évitement carbone

Les crédits carbone sont un mécanisme financier utilisé pour financer des projets de réduction des émissions, chaque crédit étant quantifié à hauteur d'une tonne métrique d'équivalent dioxyde de carbone (tCO2e). Lorsque nous faisons référence aux projets de réduction d'émissions, nous désignons soit des projets qui évitent des émissions de gaz à effet de serre, soit des projets qui en éliminent, également quantifiés à hauteur d'une tonne métrique d'équivalent dioxyde de carbone (tCO2e). Pour plus d'informations, vous pouvez vous référer à cet article.

Si vous souhaitez en savoir plus, nous vous invitons à lire notre article sur la différence entre l'évitement du carbone et l'élimination du carbone.

Pour respecter les engagements de l'Accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre leur pic avant 2025 et diminuer de 43 % d'ici 2030. En pratique, cela signifie que notre priorité à court terme doit être de réduire les émissions actuelles. Pour y parvenir, les gouvernements, les entreprises et les particuliers doivent minimiser leurs émissions de gaz à effet de serre, principalement en se décarbonant, en effectuant une transition vers des sources d'énergie plus propres et en réduisant les déchets.

Les projets du marché volontaire du carbone qui génèrent des crédits d'évitement carbone y parviennent en réalisant des réductions grâce à l'efficacité énergétique, au remplacement des combustibles fossiles par des énergies renouvelables et à la prévention de la dégradation et de la destruction des puits de carbone naturels par la préservation des écosystèmes naturels.

Des standards qualitatifs encadrent la mesure et la certification des projets d'évitement, notamment le Verified Carbon Standard (VCS-Verra), le Gold Standard, Rainbow, ou d'autres standards et normes ISO applicables. Elles définissent les méthodes, fixent les exigences en matière d'additionnalité, de permanence et de fuites, et garantissent une validation ainsi qu'une vérification par des tiers indépendants.

Chez ClimateSeed, nous regroupons les projets d'évitement comme suit :

1. Agriculture, foresterie et autres utilisations des terres (AFOLU)

Environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont causées par la destruction des forêts et les mauvaises pratiques agricoles ; les projets AFOLU offrent donc une solution pour réduire et éviter ces émissions. Bien que les projets AFOLU englobent un ensemble d'initiatives axées sur la gestion et l'utilisation durables des forêts et des ressources foncières, les projets REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) sont principalement classés comme des projets d'évitement.

Les projets REDD+ mettent en œuvre des stratégies de lutte contre le changement climatique fondées sur la préservation et la restauration des forêts. Ces projets visent à réduire les émissions de GES en prévenant la déforestation et la dégradation, tout en promouvant des pratiques de gestion forestière durable. Ils répondent à des menaces de déforestation planifiées ou non planifiées. Les projets REDD+ impliquent souvent l'octroi d'incitations financières aux communautés locales et aux propriétaires fonciers pour préserver leurs forêts intactes, protégeant ainsi la biodiversité, les droits des populations autochtones et les services écosystémiques.

 

2. Énergies renouvelables 

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) indique qu'environ 73 % des émissions mondiales proviennent du secteur de l'énergie, ce qui signifie que la transition vers une énergie propre est cruciale pour réaliser des réductions d'émissions. À ce titre, les projets d'énergies renouvelables offrent des solutions pour décarboner l'industrie grâce à des sources d'énergie renouvelables, telles que l'éolien, le solaire et l'hydroélectricité. Une énergie renouvelable est une énergie naturelle et renouvelable. Il s'agit d'énergies qui constituent des alternatives à la production d'électricité et de chaleur à partir de combustibles fossiles.

Bien que les coûts de production d'électricité à partir d'énergies renouvelables aient chuté dans les pays à revenu élevé et intermédiaire, les pays en développement rencontrent toujours des difficultés pour mobiliser des financements. Par conséquent, ces projets restent essentiels dans certains pays pour soutenir leur transition vers des sources d'énergie propres en assurant leur financement.

3. Dispositifs ménagers et communautaires

Selon l'OMS et l'AIE, 2,4 milliards de personnes dépendent de combustibles solides (tels que le bois, le charbon de bois et les déjections animales) qu’ils brûlent à feu ouvert ou à l'aide de cuisinières traditionnelles. La majorité de ces personnes vivent dans des zones rurales d'Afrique subsaharienne, d'Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi qu'en Amérique latine. Le recours aux feux ouverts peut poser des risques pour la santé en raison de la pollution de l'air intérieur et contribuer à des problèmes environnementaux tels que la déforestation. Les projets carbone axés sur les cuisinières de cuisson et l'accès à l'eau potable permettent de réduire les émissions en diminuant la quantité de combustible nécessaire pour cuisiner ou faire bouillir l'eau.

Les équipements ménagers et communautaires génèrent d'immenses bénéfices locaux qui dépassent la seule réduction des émissions carbone. Sur le plan sanitaire, ces projets améliorent la santé globale en diminuant la pollution de l'air intérieur et en réduisant les maladies respiratoires, en particulier chez les femmes et les enfants. Sur le plan économique, les ménages économisent de l'argent sur le combustible et gagnent du temps sur sa collecte, ce qui permet aux membres de la famille de se consacrer à l'éducation ou à des activités génératrices de revenus. Enfin, les projets d'accès à l'eau potable réduisent les risques de maladies transmises par l'eau, améliorant encore davantage la santé des communautés et réduisant les dépenses de santé.

Consultez nos articles pour en savoir plus sur l'avenir des projets de cuisinières améliorées et sur la manière dont ils soutiennent les Objectifs de développement durable (ODD).

4. Gestion des déchets

Les projets carbone de gestion des déchets se concentrent sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à l'élimination et au traitement des déchets, tout en minimisant leurs impacts négatifs sur l'environnement et la santé humaine. Plutôt que de traiter les déchets comme la simple étape finale de la chaîne de production, ces projets exploitent ces matières pour créer des sources d'énergie, réduire la pollution et diminuer les émissions carbone. Ils adoptent ainsi une approche plus circulaire des solutions climatiques. Ces initiatives incluent notamment la captation du méthane, la valorisation énergétique des déchets et les programmes de recyclage.

Selon l’UNEP, seulement 9 % environ des déchets plastiques sont recyclés à l'échelle mondiale. Le recyclage, la valorisation et la réutilisation de matériaux tels que le plastique, les métaux ou le papier permettent de réduire le volume de déchets envoyés en décharge et, par conséquent, de limiter les émissions de CO2. L'utilisation de matières recyclées à la place de ressources vierges permet de diminuer l'énergie nécessaire à la production tout en réduisant la pression environnementale liée à l'extraction des ressources naturelles. L'introduction de modèles économiques circulaires et de technologies innovantes génère également de nouvelles opportunités d'emploi pour les communautés locales. En résumé, cette typologie de projets transforme des matériaux souvent laissés sans traitement, non recyclés et abandonnés en décharge en solutions concrètes en faveur du climat.

5. Transports

Selon le rapport du GIEC, les émissions mondiales liées aux transports constituent une part importante des facteurs du changement climatique, représentant environ 14 % de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Ce secteur englobe les émissions provenant des véhicules routiers, de l'aviation, du transport maritime et du transport ferroviaire. Ces émissions découlent principalement de la combustion de carburants fossiles par nos véhicules, navires, trains et avions. Bien que le secteur des transports dépend encore fortement des énergies fossiles par rapport à d'autres domaines, certains projets carbone contribuent à réduire ces émissions et à promouvoir des modes de transport durables. Dans un monde en mutation rapide, ces projets favorisent l'évolution vers des transports durables, aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural.

Les projets de transport les plus courants concernent l'électrification et la mobilité alternative. Un projet d'électrification peut consister à déployer un réseau étendu de bornes de recharge pour véhicules électriques afin de favoriser leur adoption. De telles initiatives permettent non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre en remplaçant les moteurs à combustion, éliminant ainsi les émissions associées aux véhicules thermiques conventionnels, mais elles diminuent également la pollution et améliorent la qualité de l'air. De leur côté, les projets de mobilité alternative réorientent les déplacements des usagers urbains vers des solutions à deux ou trois roues à faible empreinte carbone. En encourageant le développement durable dans les villes, cette typologie s'inscrit dans un objectif global plus vaste : transformer les modes de déplacement tout en redéfinissant la vision de la mobilité électrique en milieu urbain.

Limites, risques et controverses sur le marché volontaire du carbone (VCM)

1. Les projets d'élimination seraient de meilleure qualité 

Il existe une idée reçue selon laquelle les crédits de séquestration carbone seraient plus robustes que ceux d'évitement carbone, ce qui est faux. La qualité d'un crédit carbone ne dépend pas du type de réduction d'émissions, mais plutôt de la qualité et de la robustesse du projet lui-même. Pour en savoir plus sur notre processus de sélection rigoureux des réductions d'émissions, cliquez ici.

2. Les enterprises ne devraient acheter que des crédits de séquestration

C'est une fausse croyance répandue de penser que les organisations doivent prioriser les projets de séquestration carbone par rapport aux projets d'évitement tout au long de leur parcours de décarbonation. Selon la version 2.0 du Standard Corporate Net-Zero de la Science Based Targets initiative (SBTi), la neutralisation des émissions résiduelles exclusivement par l'élimination durable et pérenne du carbone n'est obligatoire qu'à la date cible du zéro net de l'entreprise (2050 au plus tard), une fois que les émissions des Scopes 1, 2 et 3 ont été réduites aux niveaux résiduels définis par le secteur (généralement 10 % ou moins).

Avant d'atteindre le zéro émission nette, les entreprises sont encouragées à assumer la responsabilité de leurs émissions résiduelles grâce au programme de responsabilité des émissions continues (Ongoing Emissions Responsibility - OER). Dans le cadre de l’OER, les entreprises peuvent soutenir un ensemble de projets à haute intégrité combinant évitement carbone, réduction d'émissions et séquestration carbone, aux côtés de contributions climatiques plus larges telles que l'adaptation et la R&D bas-carbone. De plus, à partir de 2035, les grandes entreprises seront tenues de réorienter progressivement leurs contributions climatiques courantes vers l'élimination carbone : en commençant à 1 % en 2035 pour atteindre progressivement 100 % de neutralisation via l'élimination durable du carbone d'ici leur date cible de zéro émission nette en 2050.

Bien qu'il existe certaines idées reçues au sein du VCM concernant les projets d'évitement d'émissions, les entreprises doivent concentrer leurs efforts à court terme sur la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, elles peuvent soutenir une grande diversité de typologies de projets apportant des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux, notamment dans les secteurs de l'agriculture, de la foresterie et autres utilisations des terres, des énergies renouvelables, des dispositifs ménagers et communautaires, de l'efficacité énergétique et de la substitution de combustibles, de la gestion des déchets, ainsi que des transports.

Intégrer l'éventement des émissions dans la stratégie d'entreprise  

Pour intégrer l'évitement carbone dans leur stratégie, les organisations doivent suivre une feuille de route opérationnelle claire : commencer par un bilan carbone initial, définir une hiérarchie interne de réduction, identifier les opportunités externes d'évitement, sélectionner des projets et des normes carbone adaptés, et mettre en place des processus de suivi et de gouvernance. L'attribution de rôles et de responsabilités clairs est essentielle, impliquant notamment un comité climat, une équipe chargée du reporting, des responsables de données au sein des unités opérationnelles et un relais juridique pour l'achat de crédits ou la gestion des contrats de financement.

Les entreprises doivent respecter le principe de hiérarchisation : réduire les émissions en priorité, puis déployer des mesures d'évitement, tout en publiant des rapports et des communications transparents sur chaque action. Les indicateurs de performance clés comprennent le volume annuel de CO2​e évité, le pourcentage d'objectifs climatiques atteints grâce à l'évitement, le coût par tonne évitée et le taux de vérification externe. La gestion et la communication financière peuvent s'appuyer sur des référentiels tels que la GRI ou la CSRD, des plateformes de suivi et des audits indépendants afin de garantir la crédibilité des démarches. Sur le plan stratégique, les projets doivent être alignés avec le cœur d'activité de l’organisation, les allégations doivent être vérifiables, et l'évitement de carbone doit être utilisé comme un levier d'innovation et de création de valeur durable.

Contactez ClimateSeed pour découvrir les projets d'évitement disponibles ainsi que leurs co-bénéfices. Pour en savoir plus sur les raisons pour lesquelles les crédits d'évitement ne sont pas intrinsèquement inférieurs aux crédits de séquestration, n'hésitez pas à lire notre article dédié.

 

Sources: